Climat : réviser pour renforcer l’avancée européenne
L’Union européenne est aujourd’hui à la peine. Incarnant, par son histoire et son attachement aux valeurs et au droit, la nécessité et la possibilité de construire un monde responsable et solidaire, son existence même est un défi insupportable pour les empires autoritaires, États-Unis de Trump, Russie de Poutine, Chine de Xi Jinping qui ne veulent croire qu’à leur souveraineté hégémonique, à leurs intérêts nationaux à court terme et contestent la nécessité d’agir en commun à l’échelle mondiale pour assumer nos interdépendances, à commencer par le changement climatique.
Forte de ses convictions, l’Union Européenne a souhaité assumer un leadership dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique. Le ‘European Green Deal’, par son ambition dès 2019, s’est voulu l’expression de ce leadership. Mais sous l’effet des coups de boutoir américains et des critiques internes à l’égard de la boulimie normative qu’a entraînée ce Green Deal, l’ambition initiale est aujourd’hui rognée tant au niveau européen qu’au niveau des États membres.
Renoncer ? Ce serait se renier. Il faut plutot revoir les fondements de notre politique climatique. Car, telle qu’elle s’est construite au fil des années, elle est restée enfermée dans une pensée économique et politique héritée du passé et n’a jamais, malgré son importance, fait l’objet d’un débat citoyen à l’échelle de toute l’Europe. C’est toujours face à un obstacle ou des crises que l’Union européenne a su se construire. Faisons des difficultés actuelles une nouvelle opportunité d’aller de l’avant.
Revoir les fondements, c’est se mettre d’accord sur les critères à respecter par la politique à venir. Nous vous en soumettons cinq :
1. L’action doit porter sur l’ensemble de l’empreinte écologique. Ce n’est pas le cas actuellement. Les émissions dont nous sommes responsables sont celles qui sont associées à notre mode de vie. Leur calcul doit donc inclure les émissions « importées » qui, à l’échelle d’un État membre, représentent entre un tiers et la moitié des émissions totales. Or les négociations internationales, depuis le protocole de Kyoto, privilégient les émissions sur chaque territoire national, ce qui interdit une action globale sur les filières de production et sur les modèles de consommation.
2. Nous devons nous fixer une obligation annuelle de résultat. Ce n’est pas le cas actuellement. La réduction des émissions devrait être obligatoirement d’un certain pourcentage d’une année à l’autre, ce pourcentage dépendant de l’empreinte écologique actuelle de chaque État membre et étant calculé pour que tous parviennent en 2050, à 2t d’équivalent CO2 par personne et par an. Depuis quarante ans nous nous sommes toujours fixé des obligations de résultat à cinq ou dix ans : cela déresponsabilise les autorités politiques- qui ne seront jamais comptables du fait que les résultats n’ont pas été atteints. Cela permet, comme on l’observe actuellement, de revoir à la baisse les obligations dès qu’on découvre que les efforts seront trop difficiles ou trop coûteux. Ces fluctuations font l’affaire des lobbys mais créent aussi une imprévisibilité qui interdit des stratégies décennales de transition vers des modèles de production et de consommation durables.
3. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit être socialement juste. Ce n’est pas le cas actuellement. En particulier la surtaxation de l’énergie fossile pénalise lourdement les populations les plus pauvres, dont les dépenses incompressibles représentent la part du budget la plus élevée, tout en étant à peu près sans effet sur les plus riches. Il est parfois proposé de résoudre le problème en redistribuant l’argent des taxes… mais ce n’est jamais le cas et conduirait, en contre-effet, à réduire les efforts de rationalité. La justice sociale implique de reconnaître que le climat est un bien commun, que le protéger suppose de plafonner les émissions et que l’on répartisse égalitairement, entre tous, ces émissions plafonnées.
4. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit avoir un effet d’entraînement sur tous les acteurs. Ce n’est pas le cas actuellement. L’approche « territoriale » des émissions conduit à distinguer les différentes catégories d’émetteurs (les ménages, les entreprises, le secteur public) et à définir des politiques sectorielles propres à chacun d’eux. Mais ça ne fonctionne pas. En mettant l’accent sur les émissions directes des ménages -chauffage, alimentation, mobilité- on ne touche que 20 % des émissions totales et on culpabilise les personnes qui, pour la plupart, se sentent dans une situation contrainte. Et en mettant l’accent sur les entreprises ou les agriculteurs on menace leur compétitivité sur la scène internationale. Enfin, chaque politique sectorielle ou catégorielle implique des financements publics qui sont rarement au rendez-vous.
5. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit permettre à chaque acteur de choisir librement les domaines dans lesquels il veut faire des efforts. Ce n’est pas le cas actuellement. Dans l’espoir de faire évoluer le comportement de chaque acteur, on a multiplié injonctions, interdictions et normes, suscitant l’idée que la politique de lutte contre le réchauffement climatique relevait de « l’écologie punitive ».
Avant que, dans le cadre des Assises européennes du climat, nous ne débattions de la manière de satisfaire à ces cinq critères à la fois nous vous invitons à répondre au questionnaire suivant :